La Maison de la culture présente l’exposition d’Émilie Bernard
La Maison de la culture de Saint-Alphonse-Rodriguez est heureuse d’accueillir l’artiste gaspésienne Émilie Bernard dans le cadre d’une exposition présentée du 10 octobre au 19 décembre 2026.
Le public est invité à rencontrer l’artiste lors du vernissage, qui se tiendra le 10 octobre 2026, de 14 h à 17 h, à la Maison de la culture.
« C’est une exposition qui représente bien l’identité de Saint-Alphonse-Rodriguez : un milieu de vie au cœur de la nature propice à la vitalité culturelle, mentionne Charles-André Pagé, maire de Saint-Alphonse-Rodriguez. Nous sommes très heureux de voir se déployer la programmation de la Maison de la Culture depuis sa rénovation ainsi que les actions de la Politique des arts, de la culture et du patrimoine. Venez au vernissage et passez voir l’exposition! »
Présentation de l'exposition
L’exposition d’Émilie Bernard déploie tout l’arsenal visuel et plastique qu’elle a forgé, saison après saison, au fil des explorations de territoires maritimes et insulaires depuis les Îles-de-la-Madeleine jusqu’à l’Islande et la Gaspésie. Elle restitue ainsi avec une grande variété de moyens l’intensité de sa relation aux lieux et au vivant qui y réside. Au fil des marches, des collectes, des observations, l’artiste a ainsi nourri des carnets de notes, de dessins, photographié, ramassé, inventorié. Dans une présentation indiciaire qui rassemble autant des projets de livres d’artiste que ses céramiques, ses dessins, des gravures et des photographies, Émilie Bernard dépose à Saint-Alphonse-de-Rodriguez une part de ses expériences intimes du paysage. Cette sélection faite de promenades nocturnes, de cueillettes de petits-fruits, de randonnées en forêt, introduit au travail d’une artiste dont l’éthique du territoire amène à valoriser nos petits liens au territoire, ceux du quotidien, de la pratique du bois et des eaux d’à-côté, l’humilité et la discrétion d’une « petite nature » dont elle transmet le besoin de protection et d’attention.
Arpenteuse
Arpenteuse, cueilleuse, Emilie Bernard emprunte ses matériaux aux territoires qu’elle aime explorer, dans lesquels elle aime s’égarer, des bribes d’expérience. Une petite pierre, une algue, des mousses, un lichen, une feuille, une branche passent entre ses mains, sous son crayon, se glissent dans ses poches. À l’heure des grands désordres climatiques, même les parcelles du vivant les plus évidentes sont menacées. Il faut en prendre soin, les observer, conserver leur souvenir, en façonner des doubles. Pour cela, Émilie Bernard dessine, décrit, photographie, grave, moule, modèle et s’inscrit dans une lignée d’artistes pour qui la pratique de terrain, intime, solitaire, relève de l’éthique et du soin. La pratique du livre d’artiste agrège aussi une grande partie de ses sorties dans le paysage. Elle en pousse l’osmose feuille à feuille, patiemment, chaque territoire s’imprimant dans des ouvrages précieux. Certains projets resteront ainsi à l’état d’ébauche ou de prototype, tandis que d’autres aboutiront à des ouvrages délicats, à l’image de l’empreinte que l’artiste dépose dans la nature. Le livre d’artiste peut tout se permettre, toutes les expérimentations, de la reliure à la nature du papier, des images et des mots, formant une sculpture à emporter. En exposant des ouvrages assemblés et d’autres en feuillets libres, Émilie Bernard appelle à l’arpentage dans ses expositions qui deviennent à leur tour, des territoires.
Dans l’histoire de l’art québécois en lien avec son territoire et ses écosystèmes, le groupe Boréal Art/Nature, dès 1989, avait compris la nécessité de ne pas s’imposer avec des sculptures pérennes, de respecter les éléments prêtés par le milieu, de ne pas extraire intensément ce que les paysages avaient à offrir, préférant des pratiques éphémères, précaires. Dans cette perspective, les expositions d’Émilie Bernard offrent la même éthique. Prélever, mais pas trop. Cueillir, en tout respect, en laissant des petits fruits pour les suivant.e.s, humain.e.s et plus-qu’humain.e.s, en accord avec le tempo des forêts ou des rivages. S’exposer à la nuit en toute humilité, voir ébranlées ses connaissances une fois le soleil couché, ressentir la fragilité de sa propre espèce, vulnérable dans le noir. Voir monter l’aube ou descendre la brunante, tour à tour promesses d’espoir ou linceuls des jours. Faire des inventaires qui nous échappent forcément : de cascades, de rochers, de plantes. Les pratiques artistiques actuelles montrent de plus en plus que les savoirs botaniques, géologiques, hydrologiques, les listes, sont surtout des manières de se rassurer et de garder le contrôle devant des organisations et des sensibilités dont les enjeux et les forces nous dépassent. Des scientifiques et des philosophes, Stefano Mancuso et Emanuele Coccia notamment, avancent que les plantes ont une intelligence qui pourrait nous être supérieure : en effet, enracinées, elles n’ont pas d’autres solutions que de régler leurs problèmes plutôt que de fuir devant eux. Dès lors, il faut penser la collaboration avec tous les organismes vivants, y compris ceux que l’on soupçonnait moins. De nos jours, nombreuses sont les artistes comme Émilie Bernard à nous amener à conjuguer son intuition à une connaissance plus organique des choses, à renouer avec des transmissions instinctives, familiales et culturelles qui ont échappé à la consignation des encyclopédies. Et si Émilie Bernard en fait des livres, ceux-ci ne donnent pas de leçons, ils recueillent les souvenirs et enjoignent tant à la marche attentive qu’à la dérive de l’esprit jusqu’à la poésie.
Pour restituer ses expériences intenses émotionnellement, ses rencontres avec les paysages parfois âpres d’Islande, de Gaspésie ou des Îles-de-la-Madeleine, Émilie Bernard aime déployer sur des tables les artefacts qu’elle y a créés et le fruit de ses collectes douces. Des bribes de là-bas qui résonnent avec ici. Regarder en surplomb, sur une table, engage le regard bien différemment d’un examen visuel en vis-à-vis, entre le mur et le regard. La surface horizontale vient chercher instinctivement une auscultation minutieuse, arrête, retient même. La table, dans le langage de l’exposition, renvoie à la présentation des archives, à la lecture, à l’explication et à la transmission du savoir. Elle vient des musées d’histoire naturelle et des sciences, elle demande du temps et de l’engagement. Les corps du public s’ajustent ainsi à la restitution des temporalités réflexives qui sont celles de l’artiste lorsqu’elle marche, regarde, s’arrête, saisit, se perd. Peut-on se perdre dans une exposition ? Quand elle se fait territoire, sûrement. Dans un cabinet de curiosité, assurément. Il y a aussi de cela chez Bernard. Apparu à la Renaissance, le cabinet de curiosités rassemblait naturalia et artificialia, dans un projet de collectionnement et d’invention du savoir, une dent de narval se faisait alors appendice de licorne, dans un mélange de science et de merveilleux. Les céramiques que façonne l’artiste, mêlées à des souvenirs de marches, rejouent ainsi la fantaisie de ces cabinets disparus à l’origine des musées d’aujourd’hui. Un petit caillou tout rond, traversé d’une nervure, retient l’attention. De quelle nature est-il ? En jouant sur le trouble de l’identification, Émilie Bernard travaille notre attention et engage vers un désir de plus grande adéquation avec ce qui nous entoure.
En géologie, l’arpentage, branche de la topographie, sert à répertorier des superficies, le plus souvent pour en préparer l’exploitation, comprendre l’accessibilité des ressources. L’arpentage d’Émilie Bernard en relevant de l’indice, déploie un potentiel qui n’implique pas une quelconque rentabilité pécuniaire. Elle amène, en exposant ses bribes d’expérience, à réfléchir à sa propre manière de marcher, de s’échapper dans les bois, de considérer les roches, les lichens, les mousses, les branches et feuilles, la part plus silencieuse de la nature, ces plus-qu’humains qui demandent de s’attarder un peu plus longtemps pour déceler la richesse de leur timide présence. Les livres, céramiques, photographies, dessins et objets d’Émilie Bernard en transmettre l’humble richesse à choyer dans ces temps incertains.
Texte de Bénédicte Ramade
Bénédicte Ramade : Historienne de l’art, critique et commissaire, Bénédicte Ramade explore les liens fascinants entre art et environnement. Autrice de Vers un art anthropocène, elle a aussi dirigé The Edge of the Earth, consacré à l’art face aux changements climatiques. Son travail pose une question essentielle : comment l’art peut-il transformer notre regard sur le vivant?
Biographie

Originaire de Cap-Chat, en Gaspésie, Émilie Bernard développe une démarche profondément inspirée de ses promenades en nature. Forêts, montagnes, plages et sentiers deviennent des lieux d’observation où elle recueille images, impressions et objets du quotidien. Une fleur sauvage, une roche, une branche ou une texture observée au détour d’un chemin peuvent ainsi devenir le point de départ d’une nouvelle création.
À travers le dessin, médium central de sa pratique, l’artiste transforme et réinvente les formes observées. Ses œuvres se déploient également sous forme d’objets de céramique, de plâtre ou de papier, d’estampes, de textes et de livres d’artiste. Réunis en installations sensibles et poétiques, ces éléments invitent le public à ralentir, à observer et à porter attention aux détails souvent discrets du paysage.
Récipiendaire du Prix du CALQ – Artiste de l’année en Gaspésie 2025, Émilie Bernard a présenté son travail dans de nombreux centres d’artistes et lieux culturels au Québec et à l’international. Son œuvre témoigne d’un attachement profond aux territoires parcourus et propose une réflexion délicate sur notre relation à la nature.
La Municipalité de Saint-Alphonse-Rodriguez invite les citoyens et les visiteurs à découvrir cette exposition inspirante et à venir échanger avec l’artiste lors du vernissage.
Informations
📅 Exposition : du 10 octobre au 19 décembre 2026
🥂 Vernissage : 10 octobre 2026 de 14 h à 17 h
📍 Lieu : Maison de la culture de Saint-Alphonse-Rodriguez, 20, rue de la Plage, Saint-Alphonse-Rodriguez